Témoignages
Première mission avec A.M.I. : administrateur pour la mission Yémen
Après un stage desk au siège d’A.M.I., Alexandre Schwall a fait ses premiers pas sur le terrain en tant qu’administrateur, à Hodeidah.
Alexandre Schwall, ancien stagiaire assistant desk au siège d’Aide Médicale Internationale, revient de sa première expérience sur le terrain. Une mission de trois mois en renfort sur le poste d’administrateur au Yémen, où A.M.I. appuie des centres de santé dans le gouvernorat d’Hodeidah, l’un des plus pauvres du pays. Présente depuis 2007, A.M.I. y agit pour l’accès aux soins de qualité de plus de 142 500 personnes. En trois mois de mission, Alexandre aura pu découvrir tous les volets d’une mission A.M.I. et contribuer concrètement au fonctionnement de celle-ci.

- Arrivée d’une clinique mobile pour une séance de consultations
Votre stage au sein d’Aide Médicale Internationale était votre premier contact avec le monde de l’humanitaire, d’où vous est venu l’engouement pour ce milieu ?
J’étais étudiant à l’Institut d’Etudes du Développement Economique et Social (IEDES) en Master « Gestion des situations de crise ». Cette formation couvrait l’ensemble des situations de crise qui peut exister (catastrophes naturelles, conflits armés, etc.) et m’a amené à découvrir les problématiques liées à la gestion des conflits armés. Il existe plusieurs manières d’agir dans ce domaine et je savais que l’humanitaire était une porte d’entrée possible pour découvrir l’ensemble des acteurs de l’aide internationale. J’ai donc effectué des recherches sur différentes ONG. Je n’avais pas en tête un domaine d’intervention précis (médical, droits de l’homme, etc.), c’est la démarche opérationnelle d’A.M.I. qui m’a séduit : les programmes répondent aux besoins immédiats des populations, en matière de soins par exemple, tout en posant les bases pour l’après en visant l’autonomie des populations. C’est une position particulière de l’association à laquelle j’ai rapidement adhéré, parce qu’elle s’applique à intégrer « Urgence » et « Développement » dans son approche opérationnelle.
L’avantage d’une structure comme A.M.I., quand on découvre le fonctionnement d’une ONG comme moi c’est qu’on a rapidement une vision d’ensemble. La taille de l’association (et les gens qui y travaillent !) en fait un endroit convivial, où il y est plus facile de s’y intégrer professionnellement.
Vous avez effectué votre stage au sein du desk 2 en charge des missions Soudan, Afghanistan et Haïti. Vous assistiez à la fois la chargée de gestion financière sur le suivi budgétaire des missions, et la responsable des opérations dans la rédaction de propositions d’opérations ou de rapports à remettre aux bailleurs. Votre passage au siège vous a-t-il permis d’avoir une meilleure compréhension des enjeux du terrain ?
Outre mon envie de découvrir le milieu de l’humanitaire, j’espérais également pouvoir compléter mon passage au siège par une expérience de terrain. De ce point de vue, je peux dire que je n’ai pas été déçu : mon passage au siège m’a donné une vision plus nette des différents corps de métiers de l’humanitaire, au-delà de l’opérationnel, comme le travail du service médical ou du service communication. À l’issue de mon stage, je suis parti en renfort sur le terrain pendant trois mois en tant qu’administrateur au Yémen.
C’est une mission typique d’A.M.I. puisqu’il s’agit d’appuyer des centres de santé. Dans le gouvernorat d’Hodeidah. A.M.I. est présente dans le district urbain d’Al Hali et dans le district rural d’Al Marawa. Dans le premier, les soins de santé primaires s’accompagnent d’une attention particulière portée à la santé reproductive. Dans le district rural, en consortium avec Triangle GH (qui s’occupe du développement agricole) A.M.I. développe des activités de nutrition en plus des aspects habituels de supervision, d’approvisionnement en médicaments et mobiliers, de formation et de suivi épidémiologique.
Quel était votre rôle au sein de la mission et comment avez-vous appréhendé les nouvelles responsabilités qui vous étaient confiées ?
Je suis parti en renfort sur le poste d’administrateur, pendant 3 mois pour pallier le départ du précédent administrateur local, en recruter un nouveau et le former. Je suis arrivé trois semaines après le départ de l’administrateur et j’ai dû apprendre vite. Il me fallait à la fois me familiariser avec la mission, comprendre les tâches qui m’étaient confiées, et à la fois me mettre au travail tout de suite : il y avait déjà près d’un mois de comptabilité à mettre à jour. J’ai dû comprendre, apprendre et faire en même temps, ce qui n’est pas forcément évident au début, mais permet de rentrer dans le vif du sujet surtout sur une mission courte comme la mienne.
Mon travail quotidien consistait globalement à suivre les dépenses de la mission : assurer le suivi et la validation des factures, entrer toutes ces données dans le logiciel sur lequel j’ai été formé au cours de mon stage. C’est beaucoup de responsabilité car la réalisation des activités repose en grande partie sur une bonne gestion. Il y a également tout un volet ressources humaines avec lequel j’étais le moins familier au départ et qu’il m’a fallu apprendre sur le tas, soutenu par le chef de mission. Je suis notamment arrivé dans une équipe où j’étais le plus jeune et je me suis parfois retrouvé à demander à des professionnels plus âgés et plus expérimentés de me rendre des comptes, ce qui n’est pas forcément évident au début. J’étais par exemple, celui qui tenait la fiche de présence le matin, faisait pointer le personnel et devait rappeler à l’ordre les retardataires.
Au-delà de la comptabilité de la mission, l’administrateur est également le garant du règlement intérieur de la mission. C’est à lui qu’incombe la tâche de vérifier la validité des contrats, les salaires du personnel, les demandes de congés et d’être en relation avec les autorités locales pour des questions de sécurité sociale du personnel local, par exemple. Le travail d’administrateur demande beaucoup de rigueur, à la fois personnelle et professionnelle. Apprendre à gérer son temps de travail est essentiel car les petites tâches à faire s’accumulent assez rapidement et l’on a vite fait d’être pris par le quotidien.
Cette expérience vous a-t-elle donné une vision plus précise du milieu humanitaire et permis de préciser vos perspectives professionnelles ?
C’est une expérience très formatrice que j’aimerais beaucoup renouveler. Le poste d’administrateur m’a donné une vision d’ensemble du projet car la nature des tâches qui m’étaient confiées impliquait de travailler en collaboration étroite avec les autres services.
Aujourd’hui, j’aimerais repartir sur ce type de poste car il m’a appris beaucoup en très peu de temps. J’aimerais, à terme, mettre à profit les compétences concrètes acquises grâce à mon expérience de terrain en management ou en suivi budgétaire dans la gestion de projet, en rapport avec la culture de la paix. Consulter cet article seul
Yémen : des besoins d’accompagnement importants des personnels de santé
Au Yémen, Aide Médicale Internationale travaille à renforcer les capacités des structures de santé pour améliorer la qualité de la prise en charge des populations. Valentine Grangeon, médecin diplômée d’un post graduat en médecine tropicale et de santé internationale, est partie sur la mission comme référente médicale. Elle témoigne de l’importance des besoins de support en termes de formation des personnels de santé.
Un certain nombre d’activités menées depuis 2007 consistent à appuyer différents centres de santé pour renforcer leurs capacités, et à suivre et évaluer les pratiques du personnel médical. « Des visites dans les structures que nous appuyons sont organisées trois ou quatre fois par semaine, explique Valentine. Le but est d’accompagner le personnel médical. Je supervise une équipe de sept personnes, toutes issues du personnel de santé local, qui effectuent ces visites régulières dans les structures. Il y a trois médecins, trois sages-femmes, et un technicien de laboratoire. »
Selon leurs compétences, les membres de cette équipe encadrent, forment, accompagnent certaines catégories de personnel. « Nos médecins supervisent les activités des médecins quand il y en a dans la structure visitée, ou des infirmiers qui assurent des consultations curatives. Nos sages-femmes accompagnent quant à elles les sages-femmes ou les infirmières de la structure pour le suivi de la grossesse, le planning familial, les consultations post-natales et parfois les accouchements qui ont lieu dans le centre de santé. De plus, certains centres de santé ne disposent pas d’infirmières capables de dispenser des soins curatifs aux femmes. La supervision, assurée par le médecin de l’équipe A.M.I., permet alors de former la sage-femme du centre à traiter les maladies générales de la femme. Ainsi ce type de prise en charge peut être assuré au sein même de la structure. »
Certains centres de santé disposent d’un laboratoire, et requièrent donc l’expertise du superviseur technicien de laboratoire A.M.I. « La supervision mise en place vise à s’assurer que les bonnes pratiques dans la réalisation des tests sont respectées », explique Valentine.
Le projet mis en place par A.M.I. comprend notamment l’accès aux soins de santé primaires. Dans ce cadre, A.M.I. apporte un appui au programme national de lutte contre le paludisme. Les activités de laboratoire sont ici nécessaires, pour améliorer et contrôler la qualité du diagnostic de la maladie. « Les diagnostics se font par microscope, explique Valentine, et la supervision du technicien de laboratoire permet de s’assurer que ceux-ci sont réalisés dans de bonne conditions. Il faut notamment s’assurer que le laboratoire est maintenu dans un état de propreté satisfaisant, que les réactifs utilisés sont stockés à l’abri de la lumière, et que les produits qui en ont besoin sont conservés au froid. Le rôle des superviseurs consiste notamment à rappeler aux personnels des centres l’importance du respect des règles de base (par exemple, par manque d’argent, les techniciens de laboratoire des structures de santé vont parfois être tentés de conserver les produits au-delà de la date limite). La supervision permet aussi d’effectuer un contrôle de qualité (rigueur dans la lecture de la lame, etc.), d’encadrer, mais aussi de guider et de renforcer les compétences de personnels qui ne bénéficient pas d’une aide technique par ailleurs. »
Le travail de supervision permet également de guider le personnel soignant dans la prescription d’un traitement adapté. « La tendance naturelle du médecin est de vouloir le meilleur pour son patient, analyse Valentine, mais ce qu’il y a de mieux n’est pas toujours d’opter pour le dernier traitement mis sur le marché, souvent plus cher. De même, dans certains cas, il n’est pas nécessaire de recourir à un traitement médicamenteux, pour une simple pharyngite par exemple, qui implique des effets secondaires et un coût complémentaire et inutile chez des patients aux ressources financières limitées. L’accompagnement des médecins dans leur pratique apporte des possibilités d’échanges sur la meilleure façon de traiter une maladie ou de prendre en compte le bien-être des patients, d’un point de vue physiologique, mais aussi psychologique et social. »
Les supervisions s’appuient sur des outils qui sont créés pour les centres de santé. Nous élaborons des guides de diagnostics et de traitements en arabe, sur lesquels les personnels de santé peuvent s’appuyer en cas d’incertitude. Outre le travail réalisé dans les structures de santé, Valentine supervise les activités de clinique mobile, développées depuis juin. « Des consultations gratuites sont ainsi assurées une fois par semaine dans deux villages dépourvus de centres de santé. Un médecin, une sage-femme et un pharmacien, membres de l’équipe locale d’A.M.I., dispensent ainsi des soins préventifs et curatifs pour femmes enceintes, et des dépistages pour le paludisme et la malnutrition chez les enfants. J’accompagne parfois ces visites, qui sont réalisées dans une école ou une maison inhabitée. »
Alors que dans les centres, l’équipe A.M.I. accompagne sans se substituer au personnel soignant, la clinique mobile consiste à assurer directement des consultations. Mais ces activités sont réalisées en attente de l’ouverture de centres de santé dans chaque village. « Ces activités sont temporaires, explique Valentine. L’objectif est de préparer l’installation des centres et de l’équipe médicale nationale. Les populations s’habituent ainsi aux consultations, et elles sont sensibilisées à certaines questions de santé, comme la prise en charge des enfants malnutris. Et puis le principe est d’impliquer dès le départ l’équipe du futur centre de santé. D’ores et déjà, une sage-femme, qui travaillera dans l’un des centres une fois construit, accompagne notre équipe. Elle est ainsi introduite à la communauté et apprend à connaître la population locale. »
Pour Valentine, la nécessité d’accompagner et d’encadrer le personnel soignant est évidente, car « les besoins sont immenses ici dans le secteur de la santé. Quand on travaille dans des conditions difficiles, comme c’est le cas du personnel de santé local, il faut parfois dépenser beaucoup d’énergie, notamment pour respecter les bonnes pratiques, observe Valentine. Les supervisions permettent de guider les compétences du personnel local. Il s’agit d’encadrer mais aussi de former et de motiver en échangeant sur des questions médicales. » Consulter cet article seul
Yémen : renforcer les compétences du personnel soignant pour mieux répondre aux enjeux de santé
Sabrina Clément vient d’achever une mission comme référente médicale au Yémen pour Aide Médicale Internationale. Infirmière pédiatrique de formation, elle est intervenue auprès de 11 centres de santé soutenus par A.M.I. dans les districts d’Al Marawa et d’Al Hali.
Le Yémen est un pays particulièrement pauvre (40 % de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté) et les yéménites ont difficilement accès à des centres de santé dont les ressources sont insuffisantes. Dans ce contexte, le rôle des deux référents médicaux sur le terrain est d’intervenir pour une meilleure prise en charge des populations, en particulier au sein des centres de santé. Sabrina explique les actions qui ont été les siennes afin de répondre à cet objectif.
Quel a été votre rôle afin d’améliorer la qualité des soins dispensés dans les centres de santé ?
L’une de mes missions était de promouvoir la décontamination et la stérilisation du matériel médical utilisé pour les soins. Les centres manquent cruellement de moyens, néanmoins quelques mesures d’hygiène essentielles pourraient éviter bon nombre d’infections engendrées par l’utilisation d’un matériel non stérilisé : outils chirurgicaux, aiguilles, etc. Pour cela, un protocole en arabe a notamment été élaboré et affiché dans les centres. Il rappelle la nécessité pour les personnels soignants de s’assurer de quelques gestes simples comme par exemple ne pas laisser le matériel usagé et les déchets sur les tables, jeter les aiguilles ayant servi dans les boîtes prévues à cet effet.
Les actions qui ont été menées concernant les règles d’hygiène applicables aux déchets s’inscrivent dans le cadre d’un management plus global. Ainsi, il faut trouver des solutions viables, selon les ressources disponibles, pour savoir quoi faire du matériel à jeter.
La mise en place de boîtes à aiguilles fait partie des outils nécessaires à une meilleure hygiène, mais il faut aussi prévoir le moyen de se débarrasser des déchets. Deux des centres ont des incinérateurs qui peuvent être utilisés, mais il a fallu parfois imaginer d’autres solutions, comme l’enfouissement sécurisé.
Par ailleurs, en fournissant du matériel médical (notamment des aiguilles), A.M.I. évite que le manque de moyens des centres soit un frein au respect de ces règles d’hygiène.
L’un des enjeux de santé essentiels au Yémen est la malnutrition dont souffre un grand nombre d’enfants. Un programme de lutte contre l’insécurité alimentaire est ainsi mené par A.M.I. dans le district d’Al Marawa, en partenariat avec l’ONG Triangle Génération Humanitaire. Comment ce problème peut-il être pris en charge ?
Notre intervention porte sur la prévention de la malnutrition, sur la prise en charge des enfants malnutris ainsi que sur leur traitement. En effet, il est important d’intervenir en amont sur les causes de la malnutrition. Celle-ci est dans un certain nombre de cas liée à la pauvreté dont souffrent les familles, mais pas seulement. Nous avons constaté que dans une partie des cas, les parents composent les repas des enfants avec des aliments inappropriés à l’équilibre nutritionnel : des gâteaux secs et du thé par exemple. Ou bien, au lieu de lait maternisé, il est donné aux enfants en bas âge le même lait qu’aux adultes. Lorsque nous demandons aux parents pourquoi ils ne donnent pas à leurs enfants les mêmes aliments qu’eux-mêmes consomment, comme des œufs, une nourriture équilibrée, certains nous ont répondu « parce qu’ils refusent de les manger ».
À ce niveau, le travail de mobilisation communautaire permet de sensibiliser et d’informer les membres de la communauté et les parents à la nutrition, afin d’amener les communautés à détecter les problèmes et les inciter à changer leurs pratiques. Lorsqu’un enfant est repéré comme souffrant de malnutrition, il est référé par les centres de santé ou par les parents afin de bénéficier d’un programme adapté à son état.
Concrètement, comment s’organise la prise en charge mise en place ?
Le programme de nutrition comporte différents volets afin d’orienter les enfants vers la solution la plus appropriée à chaque cas. Ceux qui présentent des complications médicales sont référés dans un centre pour y être accueillis en continu dans le cadre du TFC (Therapeutic Feeding Center). Les malnutris sévères qui ne présentent pas ces complications sont orientés vers le OTP (Out Patient Therapeutic care program), dans le cadre duquel ils se rendent toutes les semaines dans un centre pour un suivi régulier.
Afin d’améliorer les compétences du personnel soignant dans le domaine de la malnutrition, j’ai assuré une formation destiné à quatre assistants médicaux travaillant dans le centre OTP d’Al Marawa soutenu par A.M.I. J’ai formé également 3 sages-femmes et 3 docteurs yéménites ayant intégré l’équipe AMI. L’un des docteurs en particulier est amené à devenir le point de référence en matière de nutrition et à former à son tour d’autres personnels de santé.
L’enjeu est que petit à petit les équipes de santé locales soient à même de repérer les cas de malnutrition, dont on a constaté qu’ils n’alertent pas suffisamment leurs entourages. Consulter cet article seul
Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
Ce n’est pas la première fois qu’El Hadji Ba, responsable de développement communautaire au Yémen pour Aide Médicale Internationale, travaille au contact direct des populations. En effet, il avait auparavant travaillé pour une ONG française au Sénégal, et l’appui apporté au système éducatif supposait déjà de mobiliser la communauté. Revenu d’une mission de deux mois au Yémen, il raconte en quoi consiste le développement communautaire, quelles sont les difficultés de la démarche, mais aussi les sources de satisfaction.
Quelle définition peut-on donner du développement communautaire ?
C’est assez large, car le développement communautaire peut s’appliquer à des activités très diverses : santé, éducation, agriculture… Il peut se définir comme une stratégie d’intervention qui mise sur le potentiel des individus, des réseaux sociaux, des collectivités et des groupes communautaires à trouver des solutions aux difficultés rencontrées par les communautés, en sorte qu’elles pourvoient elles-mêmes à leurs besoins. Cette stratégie suppose de prendre appui sur une dynamique locale, notamment les associations locales (comme les associations de femmes, de jeunes), les collectivités, etc. Cela permet de mieux étudier les attentes des communautés et de les impliquer dans le processus, afin qu’elles s’approprient le projet et qu’elles en deviennent les principaux acteurs.
Comment se traduit cette approche au Yémen ?
Il faut savoir qu’au Yémen A.M.I. apporte un appui au système de santé en soutenant des centres de santé à Al Hali (zone périurbaine d’Hodeidah) et Al Marawa (une zone rurale mais toujours dans le gouvernorat d’Hodeidah). Le travail de développement communautaire doit notamment servir à s’attaquer au problème du faible taux de fréquentation des centres par les populations. Il s’agit de rétablir une confiance réduite dans ces centres aussi bien que dans le système de santé lui-même. Aussi, nous nous efforçons d’apporter un soutien en matériel, en médicament, car les centres manquent cruellement de moyens, et de former les staffs des centres. Le deuxième volet de formation concerne les relais communautaires. Ceux-ci appartiennent à la communauté, ils ont été choisis au sein des villages dans lesquels A.M.I. intervient, et ils se portent volontaires pour intervenir dans le domaine de l’éducation à la santé.
L’étape qui a été menée pour le moment a consisté à les sélectionner. Nous avons rencontrés les chefs de village, les « akels », afin qu’ils proposent parmi les villageois des personnes capables de devenir relais, à partir de critères que nous leur avons soumis, et nous avons tous discuté. Aux akels, nous avons expliqué l’importance pour nous de travailler avec la communauté. Ce sont les personnes les plus influentes de la communauté, les représentants, même si leur autorité n’est pas institutionnelle. Ils sont essentiels dans la dynamique locale dont je parlais tout à l’heure, et ils peuvent véritablement mobiliser les communautés.
Pourquoi faire intervenir des relais communautaires ?
Par exemple, à Al Marawa où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition, certains enfants ne se rendent pas ou pas régulièrement aux rendez-vous fixés dans le centre de santé pour qu’ils reçoivent un suivi nutritionnel. Les enfants du district y reçoivent des compléments nutritionnels et un traitement curatif en fonction du niveau de sévérité de la maladie, du plumpeanut. Le rôle des relais communautaires, au nombre de deux par village, sera d’inciter les parents à les conduire au centre de référencement pour les faire bénéficier de ces soins. Également, ils interviennent en matière de Health Education (éducation à la santé) sur différents sujets liés aux soins de santé primaires et à la nutrition.
Quel était ton rôle pendant ces deux mois ? À quelle étape de tous ces projets de développement communautaire a correspondu ta mission ?
Les activités communautaires sont nouvellement développées par A.M.I. au Yémen. Ma mission principale était la formation d’une superviseur locale pour la mise en œuvre des activités. Avec elle, nous avons conduit diverses activités préparatoires, comme le processus de désignation de relais communautaires par les populations, l’organisation d’une session de formation pour les staffs des centres de santé et des relais communautaires, ou la sensibilisation des populations pour les inciter à fréquenter les centres de soins.
Et puis, s’agissant de la formation du staff dans les centres de santé, une évaluation a été menée pour estimer les besoins en formation en matière d’éducation à la santé. En effet, il faut savoir qu’au Yémen cette activité fait partie de leurs responsabilités. A.M.I. pourra intervenir afin de les outiller et d’améliorer leur pratique.
Quelles difficultés peuvent se poser à l’implication des communautés ?
Parfois, les populations sont un peu attentistes, c’est à nous de les amener à participer. Par exemple, je peux citer le cas d’un village où les activités d’un centre de santé ne pouvaient commencer en raison d’un problème d’eau. Dans le village, la population se demandait si A.M.I., ou l’État, allait faire l’aménagement nécessaire. L’équipe de développement communautaire ou CBHC (Community Based Health Care) est allée voir le akel du village pour lui exposer le problème et lui expliquer notre souhait de voir la population s’impliquer. Le akel a donné sa promesse que le problème serait résolu, ils ont creusé, mis les tuyaux, etc., et l’eau est arrivée dans le centre.
Que penses-tu du fait de faire participer les communautés ?
J’ai trouvé personnellement cette mission très enrichissante. Je suis un « communautaire ». J’aime aller vers les communautés, réfléchir avec elles, cibler des problèmes et chercher les solutions ensemble. Les communautés ont un grand rôle à jouer. Leur participation à la vie des projets est importante et nécessaire pour la continuité des actions entreprises. Car si les populations ne se mobilisent pas en amont, lorsque A.M.I. partira les projets risquent d’être laissés à l’abandon. AMI mise donc sur l’implication des communautés pour rendre les actions entreprises pérennes.
Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé
Virginie Nadeau a occupé le poste de responsable du programme de développement communautaire. Après des expériences dans le privé comme formatrice et plusieurs missions dans le domaine humanitaire aux Comores, à Madagascar et en Haïti, Virginie a rejoint les équipes d’Aide Médicale Internationale sur la base d’Hodéidah au Yémen.
Depuis son ouverture en 2007, la mission d’A.M.I. au Yémen porte sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires de la population. L’appui des équipes d’A.M.I. se concentre essentiellement sur les centres de santé qui ont une forte activité en soins curatifs, mais également en prévention et en vaccination. C’est dans ce cadre que Virginie est intervenue pour faire une évaluation afin de préparer la future mise en place du programme communautaire dans deux districts du gouvernorat d’Hodéidah (neuf zones dans le district d’Al Marawa et quatre zones dans le district d’Al Hali).
Quel soutien apporte actuellement A.M.I. sur le terrain avant le démarrage prochain du programme communautaire ?
Il est vrai que la mise en place d’un programme communautaire n’a pas eu lieu dès le démarrage des activités d’A.M.I. à Hodéidah au début de l’année 2007. Il s’est avéré nécessaire de rétablir le niveau de soin dans les centres de santé avant d’inciter les bénéficiaires à revenir les fréquenter. A.M.I. soutient neuf centres de santé en zone rurale et quatre en zone urbaine. Nous soutenons également trois nouvelles localités avec des cliniques mobiles en attendant la construction de centres de santé supplémentaires par le ministère de la Santé. Dans ces cliniques mobiles, nous dispensons des soins curatifs et préventifs (surveillance des femmes enceintes et « supplémentation » en fer, vaccinations, etc.). L’aspect préventif a également été développé avec des séances d’éducation à la santé et un volet de lutte contre la malnutrition.
Que vise le programme communautaire pour lequel vous avez fait une évaluation ?
Le but de ce programme communautaire sera de rétablir le lien entre les centres de santé et la communauté et d’introduire des sessions d’éducation à la santé pour prévenir les pathologies les plus courantes et améliorer la prise en charge des malades.
Le programme communautaire est conçu directement en collaboration avec les communautés et les centres de santé déjà en place. Il est primordial que les communautés se sentent concernées en tant qu’acteurs de leur santé. Une réelle implication est nécessaire de leur part car les bénéficiaires doivent venir dans le centre de santé, avoir confiance dans le personnel soignant et dans la qualité des soins qui sont proposés, car à l’heure actuelle, les personnes sont souvent méfiantes et critiques à l’égard du système de santé.
Il faut aussi comprendre et désamorcer certaines fausses croyances très répandues, comme par exemple que le thé est un fortifiant, alors qu’il est en cause dans de nombreuses carences en fer, notamment chez les femmes enceintes et les enfants.
Mon rôle par rapport à ce programme communautaire a donc été de le préparer en amont et d’analyser les retombées possibles pour assurer que les activités mises en place par A.M.I. soit pérennes et aient des bases solides pour perdurer après le départ des équipes.
Concrètement, comment évaluez-vous un programme communautaire ?
Ma mission d’évaluation a débuté par la collecte d’informations pour faire un état des lieux et avoir une idée précise de ce qui avait été fait avant. Cela a permis de bien connaître la situation existante et de savoir ce qu’il est possible de faire ou non avec les communautés. J’ai donc été attentive à tout ce qui avait d’ores et déjà été mis en place par l’équipe d’A.M.I., les associations locales et les autorités sanitaires locales. Je me suis aussi informée sur d’autres projets en termes d’éducation à la santé et d’approche communautaire.
Le travail de sensibilisation sera assuré par des bénévoles issus des communautés. Le processus de recrutement de ces bénévoles sera appuyé par la coordinatrice locale A.M.I. du projet. Le rôle de chaque acteur dans le programme communautaire, ainsi que la stratégie et les étapes du programme sont en cours de définition.
Le plus important pour s’assurer de la pérennité du programme, de l’implication et de la motivation des acteurs sur le long terme (pour une partie à titre bénévole) est de leur demander une contribution raisonnable, et de créer des interdépendances, afin que ces acteurs aient besoin et un intérêt dans le travail des uns et des autres pour une motivation mutuelle.
Le déroulement du programme communautaire sera basé sur une approche participative. Il faut donc que nous mobilisions des agents sensibilisateurs légitimes aux yeux de la population. Ils seront donc choisis si possible via un processus d’élection.
Quant au contenu des messages de sensibilisation, nous les définirons avec le ministère de la Santé, tout en impliquant la communauté pour identifier ses propres besoins.
Peu de temps après le démarrage proprement dit du programme communautaire, nous envisageons de conduire une première évaluation des résultats pour analyser de quelle manière passe le message auprès de la population dans une zone pilote parmi les 13 que couvre la mission d’A.M.I. Nous allons commencer le projet par une phase de test dans une zone pilote (parmi les 13 zones cibles de la mission A.M.I.), qui bénéficiera d’un suivi-évaluation rigoureux avant l’extension du programme à toutes les zones concernées.
Ce programme communautaire vise à redonner confiance aux bénéficiaires dans leur système de santé, les inciter à adopter certains comportements préventifs et à se rendre rapidement dans un centre de santé, peu de temps après la déclaration d’une maladie pour y recevoir à temps un traitement efficace et adéquat. Consulter cet article seul
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