Témoignages

Logisticien au Soudan : une expérience professionnelle et humaine forte


Laurent Hacquebecq a assuré une mission de six mois pour Aide Médicale Internationale au Soudan, en qualité de logisticien. De retour de Nyala, il revient sur cette expérience humaine et professionnelle forte.

Vos premières expériences professionnelles ont eu lieu dans un milieu industriel assez éloigné de l’humanitaire, pouvez-vous nous expliquer votre cheminement pour rejoindre la mission d’AMI au Soudan ?
Effectivement, mon profil est un peu atypique, car ma spécialisation première n’est pas la solidarité internationale. J’ai une formation en logistique, et après l’obtention d’une maîtrise, j’ai travaillé dans un milieu industriel « classique » durant huit ans. Ce parcours m’a été profitable, puisqu’il m’a permis d’acquérir une expérience solide, des compétences, un sens de l’organisation et du management. Cependant, au terme de ces huit années, j’ai ressenti un besoin fort de mettre mes savoir-faire au service de projets de solidarité, de donner un sens à mon activité. J’ai donc souhaité me réorienter vers le milieu de la solidarité internationale. N’ayant pas une formation humanitaire, il m’était difficile de rejoindre immédiatement une ONG comme AMI. J’ai donc choisi de travailler pour une petite structure opérant en Thaïlande, où j’ai appris, durant six mois, à travailler dans un contexte et avec des moyens différents de ceux auxquels j’avais été habitué. Cette expérience m’a conforté dans mon orientation, et de retour en France, j’ai postulé auprès de différentes organisations. AMI m’a proposé un poste de logisticien au Soudan qui correspondait à mes aspirations.

Quel a été votre travail durant votre mission ?
Mes fonctions étaient celles de logisticien. Mon travail consistait en trois activités principales. Les achats, tout d’abord, qui concernent de très nombreux produits, depuis des consommables pour la vie et le travail quotidiens des équipes expatriées et locales, jusqu’aux véhicules (et à l’essence), en passant naturellement par le matériel médical et les médicaments. La deuxième activité concerne la gestion des parcs : véhicules, ordinateurs, et moyens de communication. Il est indispensable que tout fonctionne correctement. La maintenance de ces parcs est une garantie de l’efficacité du travail et de la sécurité des équipes. Troisième point, le management des équipes est une composante essentielle du travail. En effet, le programme d’AMI au Soudan mobilise un staff local. C’est d’ailleurs sur ce volet que j’ai trouvé le plus de similitudes avec mes activités précédentes. L’objectif du management est le même (avec des variations) où que vous soyez, quelle que soit votre activité : il faut faire adhérer votre équipe à un projet et aux objectifs qui y sont liés. Pour cela il faut savoir parler, expliquer, mais également écouter, être attentif aux remarques des uns et des autres. Généralement, la sécurité des équipes est du ressort du logisticien ou du coordo-log. Pour ma part, je n’en ai pas eu directement en charge ce volet (hormis l’entretien du matériel de communication qui en est une des composantes). Comme il s’agissait de ma première mission, et que la sécurité des équipes revêt une acuité particulière dans notre zone d’intervention au Soudan, il n’était pas pertinent que j’en sois le responsable. J’ai cependant pu me familiariser à cette problématique aux côtés des autres membres de l’équipe, et apprendre les réponses à donner aux éventuels problèmes sécu. Si les principes essentiels peuvent être connus a priori, cette compétence s’apprend véritablement sur le terrain.

Que retirez-vous de cette mission ?
Cette mission a été pour moi la source de nombreuses satisfactions, malgré un contexte de travail délicat qui fait partie de la réalité de la mission. Cela étant, d’un point de vue professionnel, j’ai pu constater que ma formation et mon expérience pouvaient être utiles pour la mise en œuvre d’activités de logistique humanitaire. Bien évidemment, il ne s’agit pas de plaquer des méthodes issues d’un environnement de travail « classique » à un programme humanitaire, mais au contraire de les adapter au contexte, de mobiliser ses ressources, ses acquis tout en étant à l’écoute de son nouvel environnement de travail. C’est ce que je me suis efforcé de faire, tout en discernant les contours et les limites du métier de logisticien humanitaire. Aujourd’hui, en de nombreuses situations, je sais ce qu’il est possible de faire, ou de ne pas faire… et pour les situations auxquelles je n’ai pas encore été confronté, je saurai auprès de qui ou comment me renseigner pour apporter la réponse adaptée. Cela me permettra de partir confiant pour ma prochaine mission. D’un point de vue humain, ma mission a été extrêmement riche ; il m’a été donné d’affiner ma perception d’un pays que je ne connaissais que par médias interposés, d’en saisir les nuances, et dans une certaine mesure, la complexité. Mais surtout, j’ai eu la chance de rencontrer des gens généreux, malgré les conditions de vie qui sont les leurs. AMI intervient dans une zone rurale assez reculée, et les relations avec la population (avec laquelle nous ne partageons pas une langue commune) se concentrent sur l’essentiel. La qualité de leur accueil, leur gentillesse, a constitué pour moi un soutien moral essentiel. Enfin, plus généralement, cette mission m’a permis d’acquérir la certitude que j’ai fait le bon choix, que l’engagement humanitaire est la voie que je souhaite suivre. En cela, elle est une vraie réussite.

Aujourd’hui, quels sont vos projets ?
Comme je vous le disais, la mission que j’ai effectuée pour Aide Médicale Internationale a été très riche, d’un point de vue opérationnel et professionnel bien sûr, mais également d’un point de vue humain. Je souhaite donc poursuivre dans cette voie, où mes compétences professionnelles sont utiles à d’autres. C’est une grande chance pour moi de pouvoir combiner activité professionnelle et solidarité. Je vais donc bientôt repartir pour une prochaine mission.

Plus d’informations sur le programme d’AMI au Soudan Consulter cet article seul

Première mission : le Darfour


Entretien avec Anthony DAMMA, logisticien AMI à Khor Abeche et Ed Al Fursan de retour de 9 mois sur le terrain

Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours ?

Originaire de Brignoles (village de la région du Var), j’ai tout d’abord étudié les Langues Etrangères Appliquées à Toulon. Après l’obtention de ma maîtrise j’ai suivi le DESS Aide Humanitaire Internationale que dispense l’Université d’Aix en Provence.
A la suite de cela j’ai tout d’abord effectué un stage au siège d’AMI au département logistique durant 5 mois avant de partir pour le Soudan. Ce fût ma première mission en tant qu’acteur de l’humanitaire. J’y suis resté 9 mois en tant que logisticien sur la base de Khor Abeche au départ de la mission puis avec l’évolution des besoins j’ai été amené à assurer la logistique également sur le village d’Ed Al Fursan.
Cette première mission je l’ai ressenti vraiment comme « un grand saut ». Partagé entre la peur de ne pas être à la hauteur et l’adaptabilité aux conditions de sécurité tels que les couvre-feux, mon premier sentiment était surtout celui de pouvoir m’engager dans une crise humanitaire d’ampleur et y apporter ma contribution aussi justement que je le pouvais.
A l’arrivée il faut réellement quelques semaines d’adaptation, l’équipe sur place nous donne les informations clés et nous guide pour être efficace très rapidement. Une fois lancé dans la mission on s’aperçoit vite qu’il y a peu de place pour l’émotivité et le ressenti.

Dans quel contexte les équipes d’AMI interviennent-elles au Darfour ?

Depuis octobre 2004, AMI est présente dans les zones rurales du Sud Darfour. Nous restons l’une des seule ONG à intervenir en dehors des camps de réfugiés ou des villes et à aller à la rencontre des populations civiles qui tentent de maintenir un semblant de vie « normale » dans leur village.
Pour reprendre rapidement l’identité du projet, il y a une base administrative et logistique à Khartoum et 3 bases opérationnelles à Nyala, Ed Al Fursan et Khor Abeche. Sur place nous étions une dizaine d’expatriés (chef de mission, responsable de projet, administrateur, logisticien, médecin, infirmière, sage-femme). Ainsi que 70 collaborateurs locaux de profils identiques.
Les équipes d’AMI ont fait le choix d’intervenir à la fois dans la zone gouvernementale au Sud mais également dans la zone rebelle au Nord Nos activités sont donc centrées autour du soutien au Ministère de la Santé soudanais particulièrement par la formation du personnel médical local, la réhabilitation, l’appui et la construction de centres de santé. Cette gestion se fait surtout avec du personnel de santé local (AMI investit beaucoup pour la formation de ce personnel médical déficient). Nous prenons en charge également des besoins de santé locaux grâce aux cliniques mobiles préventives, où nous allons à la rencontre de personnes qui n’ont accès à aucun soin de santé si ce n’est une fois par semaine à notre contact.
AMI à également reprit une base de Médecin Sans Frontières hollande à Shéria avec des activités comparables à celles citées.

Pouvez-vous nous parler plus en détail des difficultés rencontrées en tant que logisticien, et ce que vous avez apprécié dans cette fonction ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’au départ je suis parti en tant que logisticien mais compte tenu des besoins variables, j’ai ensuite été amené à occuper le double poste de logisticien/administrateur sur une base en zone rebelle à Khor Abeche.
L’une des principales contraintes et difficultés réside dans le manque de réactivité de certains fournisseurs et collaborateurs (manque de rapidité d’approvisionnement des matériaux, médicaments…). A laquelle s’ajoute la lenteur des procédures administratives qui est parfois voulues. De plus, j’étais à 3 heures de voiture Nyala, la base principale depuis laquelle on se faisait acheminer tout et n’importe quoi : matériau, médicaments, nourriture, moyen de réhabilitation…ce qui n’améliorait pas les délais comptes tenus des aléas que nous rencontrons sur la route. Puis, des contraintes sécuritaires nous ont amenés à des évacuations (provisoires ou préventives) particulièrement récemment avec le vol de 2 voitures début novembre à Khor Abeche. Nous avons donc décidé de suspendre les activités pendant plusieurs mois sur ce site en attendant d’obtenir plus d’informations sur les conditions du vol et retrouver les voitures.
Cependant, ce que j’ai préféré dans cet fonction c’est la diversité du travail tant côté administration que côté logistique. J’ai aussi beaucoup apprécié de travailler avec la population locale. L’occasion d’une rencontre interculturelle mais aussi la volonté de s’inscrire dans un objectif commun d’amélioration durable de la qualité de vie des personnes. La qualité de notre travail dépend étroitement de cette relation avec les locaux, de notre adaptabilité au contexte, à la culture sans en oublier l’essentiel : le professionnalisme. Cette première mission m’a beaucoup marqué humainement.

Pour conclure, en réaction à l’actualité, avez-vous ressentis des incidences des suites de l’affaire de l’Arche de Zoé ?

A Nyala même, il n’y a rien de particulier à signaler sauf l’organisation d’une manifestation par les écoles où finalement peu de personnes se sont mobilisées (enfants instrumentalisés par leur professeur).
Par contre à Khartoum, le gouvernement a redoublé de vigilance par rapport aux différentes procédures telles que les enregistrements des ONG. Le gouvernement surveille encore plus qu’auparavant les actions menées.
En ce qui me concerne je n’ai subi aucune pression particulière à la suite de cette affaire. Je pense que cette actualité à été l’occasion d’une réaction certaine sur le terrain mais beaucoup moins dur que ne le présente nos médias.

propos recueillis par Adeline Hoste

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Soudan- Isabelle de Fontenay, infirmière

« Je suis arrivée à Nyala, la capitale du Sud Darfour et par ailleurs ma base, en ce début de mois de février. Une petite équipe de volontaires déjà présents m’attendaient.

Durant cette mission, je me suis déplacée plusieurs fois pour des raisons de sécurité. J’ai pu travailler dans un petit centre de santé au nord de Nyala : Korabacha, zone rebelle, qui fut attaqué par les jenjaweeds en avril ; ensuite dans une zone plutôt gouvernementale, Shaeria, où nous étions basés et enfin, depuis le mois de mai, nous travaillons dans la zone sud de Nyala : Ed El Fursan, zone gouvernementale, relativement calme.

Sur ce secteur, nous n’avons pas de centre de santé, mais nous nous déplaçons dans les villages avec tout le matériel nécessaire : bassine, chaises pliantes, tables pliantes…, tout les médicaments et injectables nécessaires, que nous disposons dans de solides caisses en bois, et surtout notre staff local…sans qui nous ne pourrions rien faire….C’est le principe de base d’une clinique mobile : la population ne se déplace pas pour avoir des soins , mais c’est la structure de santé qui se déplace vers la population.

Les villages nous fournissent un emplacement pour nous installer, soit une habitation non habitée qu’ils réhabilitent, soit nous demandons au Cheikh de nous construire quelque chose.

Chaque jour, nous quittons la base vers 8 heures (avant il est impossible de partir à cause du couvre feu) avec tout une équipe : un médecin, un infirmier, une sage femme, un enregistreur et un screener, un pharmacien et un vaccinateur. La veille de notre mobile, nous chargeons nos voitures de tout le matériel nécessaire, de jerricans d’eau, et nous refaisons le stock de nos médicaments et injectables.

Arrivé sur place, chacun s’installe. La population nous attend : d’un coté les hommes et de l’autre les femmes plus nombreuses avec 3 ou 4 ou 5 enfants… Dans un premier temps, les expatriés effectuent un triage afin de vérifier qui a besoin de voir réellement le médecin et avec quel degré d’urgence surtout (il est impossible de demander au staff local de faire le triage car il leur est difficile de refuser quelqu’un…) .nous distribuons des cartes de différentes couleurs afin de les diriger dans le secteur qui leur convient. Dans un deuxième temps, les patients sont enregistrés par une équipe qui se chargent de prendre les renseignements civils, de noter la température, le poids et la taille sur la feuille de consultation. Une fois l’enregistrement effectué, ils se dirigent dans les différentes salles d’attentes : du médecin, de la sage-femme ou des infirmiers, dans le cas de pansements, de perfusions ou d’examens sanguins ou urinaires. Après la consultation, le patient va chercher ses médicaments, gratuitement, auprès du pharmacien qui lui explique dans un même temps la posologie.

Si lors du triage nous rencontrons plusieurs fois la même pathologie, nous faisons appel à notre éducateur sanitaire qui va les prendre en charge afin de leur donner un information sur la maladie et surtout de leur donner des conseils et des moyens concrets de se soigner et de l’éviter à nouveau. Plusieurs exemples : le goitre, les plaies, la diarrhée…

Cette clinique mobile ne serait pas complète sans la vaccination. Nous essayons d’augmenter la couverture vaccinale des différents villages visités grâce à une étroite collaboration avec le Ministère de la santé et EPI.

La journée est ponctuée par des va-et-vient : visites à domicile de patients, transport d’un patient de son domicile à la clinique, visites des jeunes accouchées….et quelque fois de références en urgence …

Voilà une journée type d’une de nos cliniques mobiles au Sud-Darfour. »

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