Andrea Trevisan, logisticien réhabilitation en République Démocratique du Congo
Andrea Trevisan, logisticien réhabilitation en République Démocratique du Congo
De bref passage à Paris, avant de repartir pour le Sud Kivu, Andrea Trevisan, logisticien pour Aide Médicale Internationale en République Démocratique du Congo, revient sur l’avancée du programme de réhabilitation en cours sur la zone des Hauts Plateaux.
Au mois d’août dernier, vous nous aviez expliqué les conditions dans lesquelles la construction de la maternité de Katanga (zone des Hauts Plateaux) avait été assurée. Pouvez-nous nous en donner quelques nouvelles ?
La maternité, financée par le Pooled Fund est opérationnelle depuis cet été, et plusieurs accouchements ont pu s’y dérouler dans des conditions matérielles et d’hygiène satisfaisantes. Nous cherchons désormais à renforcer l’appui au sein de cette maternité.

Plus globalement, où en est, à ce jour, le programme de réhabilitation ?
Depuis six mois, nous avons poursuivi ce programme, financé par ECHO (Office d’aide humanitaire de la Commission européenne), qui va se poursuivre durant le début de l’année 2009. Deux centres, qui ne nécessitaient que peu de réhabilitation ont ouverts récemment, et nous concentrons actuellement nos efforts sur six autres centres, pour lesquels de gros travaux de réhabilitation ou de construction sont nécessaires. Nous nous attachons, avec la participation des communautés locales, à réaliser des constructions en semi-durable, en utilisant des matériaux multiples : ciment pour les dalles des bâtiments, bambous et planches de bois pour les séparations des pièces, tôles pour les toitures. Ces choix nous permettent de réaliser des centres pérennes et de solliciter des ressources locales (bois notamment) qui réduisent énormément les coûts et délais d’acheminement.
Nous travaillons également à construire des « kits sanitation » composés d’incinérateurs à déchets, de fosses à ordures, de fosses à placenta (pour les déchets organiques), mais également de latrines et de douches. En effet, les conditions d’hygiène sont souvent déplorables, alors qu’il s’agit là d’un enjeu extrêmement important.
Nous sommes enfin attentifs à l’accès à l’eau, qui est parfois problématique dans les centres de santé situés à une altitude plus élevée que les cours d’eau. Nous commençons donc à mettre en place des réservoirs pour la captation de l’eau de pluie. En parallèle, nous menons un plaidoyer pour que des ONG spécialisées en WatSan (Water and Sanitation) initient des programmes d’envergure.

La réhabilitation s’articule pour partie avec le programme de lutte contre le VIH/sida, pouvez-nous nous en dire davantage ?
Effectivement, nous intégrons les problématiques spécifiques liées au dépistage de la maladie et à l’accompagnement des malades aux réhabilitations. Si tous les centres ne sont pas concernés, nous travaillons notamment auprès de l’hôpital de Lemera, et réhabilitons, dans la zone de santé de Lemera, des centres de PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant) et des centres de counselling.
Dans certains centres, des salles sont adaptées aux consultations VIH. Nous prenons en compte le « circuit du patient » dans le centre, nous veillons à assurer le respect de la confidentialité des consultations en choisissant avec soin l’implantation des portes, en posant des rideaux aux fenêtres, etc. La logistique et la réhabilitation se mettent au service de l’accompagnement du patient.
La mission rencontre-t-elle des difficultés en raison du conflit qui embrase actuellement la RDC ?
L’une des plus grosses difficultés vient de l’association, dans l’esprit des populations, entre la MONUC (Mission des Nations Unies pour la République Démocratique du Congo) et les différentes ONGs présentes sur place. Du fait du manque d’information, les populations locales mélangent les deux. La MONUC était parfois la cible de vives contestations des habitants et ceux-ci formulent parfois dans la foulée des reproches à l’égard des ONGs. Dans ce contexte, la situation est plutôt positive pour AMI : le fait qu’elle soit bien implantée dans la région, mais aussi que nos équipes travaillent au contact des populations et en collaboration avec elles, nous a permis de développer un réseau de connaissances sur le terrain, avec nos personnels et les patients, ce qui réduit le risque de ce type d’amalgame. Notre politique de visibilité permet de poursuivre le travail correctement.
De plus, le fait d’être dans des zones « vierges » (les Hauts Plateaux, par exemple, où aucune autre ONG n’est présente) limite ce type de confusion. Cela nous laisse une plus grande liberté : nous sommes plus facilement reconnus comme humanitaires et non pas assimilés à d’autres forces d’interventions.
N’ayant pas été sur place durant les deux dernières semaines, je ne connais pas dans les détails l’évolution toute récente sur le terrain.
Le conflit n’a donc pas entravé le bon déroulement des missions d’AMI…
Le travail continue à se faire correctement. Les combats se déroulent dans le Nord Kivu, et nous sommes implantés dans le Sud. Il y a une frontière géographique et « psychologique » entre les deux provinces. Bien sûr, nous sommes en ce moment particulièrement attentifs et plus à l’écoute de certains signaux et nous nous sommes préparés à la possibilité d’une dégradation de la situation, même s’il est très difficile de prévoir l’évolution des conflits.
Nos interrogations ont porté sur les membres des familles de l’équipe locale : beaucoup d’entre eux vivent à Goma, qui se situe au sud du Nord Kivu et a été dernièrement touchée par les conflits. Les membres du staff local étaient très inquiets du sort de leurs proches. Cependant, l’équipe a fait preuve de beaucoup de professionnalisme et a poursuivi son travail avec volontarisme, malgré le stress qu’elle subissait.
Justement, quelles conséquences pouvez-vous observer par rapport aux populations locales ?
On a observé peu de mouvements de populations du Nord vers le Sud Kivu : comme je le disais tout à l’heure, il y a comme une « frontière » entre les deux provinces, ce qui les limite. Lorsque cela arrive, les déplacés restent plus dans l’extrême nord du Sud Kivu, et nous n’avons pas relevé de mouvements de populations significatifs dans les zones dans lesquelles nous travaillons.
Vous repartez pour six mois au Sud Kivu, quelle est votre mission ?
Tout simplement, je vais continuer à travailler, avec toute l’équipe, sur le programme de réhabilitation dans la zone des Hauts Plateaux, et mener, je l’espère, cette première phase importante jusqu’à son terme.
Posté le 1er décembre 2008
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