Goi Kornkawan, psychologue superviseuse pour AMI en Thaïlande
Goi Kornkawan, psychologue superviseuse pour AMI en Thaïlande
Agée de 34 ans, Goi Kornkawan est psychologue. Depuis un an et demi, cette jeune thaïlandaise travaille en qualité de psychologue superviseuse au sein de l’équipe d’Aide Médicale Internationale basée dans trois des neufs camps de déplacés implantés à la frontière birmano-thaïlandaise. Ses principales fonctions consistent à animer, encadrer les psycho care givers (issus de différentes minorités ayant fui la Birmanie, les psycho care givers (PCG) vivent auprès des leurs dans les camps de déplacés à la frontière et assurent un accompagnement des personnes souffrant de troubles psychologiques). S’appuyant sur sa formation en philosophie et psychologie, elle forme les PCG à renforcer leur capacité à accompagner et conseiller les personnes qui ont besoin d’un soutien psychosocial. Elle assure également le suivi de quelques patients, et notamment ceux présentant les symptômes les plus graves.
Elle revient ici sur l’organisation de la Semaine de la santé mentale qui s’est déroulée du 6 au 10 octobre dernier.
Comment est née l’idée d’organiser la Semaine de la santé mentale, qui s’est déroulée du 6 au 10 octobre ?
Cette idée a germé à l’occasion de discussions au sein de l’équipe AMI (entre Coralie Marini, ancienne responsable du programme santé mentale, les psycho care givers et moi). Nous souhaitions présenter les activités du programme santé mentale à la communauté et lui faire prendre conscience de ce que sont réellement les pathologies mentales. Nous souhaitions également, en échangeant et communiquant avec les uns et les autres, renforcer les capacités de chacun à vivre positivement.
Comment s’est déroulée l’organisation de cet évenment ?
Cela fait maintenant six mois que nous avons décidé de l’organisation de la Semaine de la santé mentale. Toute l’équipe s’est fortement impliquée dans son organisation pour qu’elle soit intéressante et attractive. Nous avons d’abord réfléchi collectivement, avec les PCG, afin de définir nos objectifs et les meilleures façons de les atteindre. Nous avons fait réaliser des sacs, des T-shirts, des stylos, des autocollants avec un logo spécifique pour cette opération.
La dimension logistique du travail a été très importante, puisque la Semaine se déroulait simultanément dans les trois camps où, pour annoncer cet événement, nous avons accroché de grandes bannières, des tableaux de présentations et avons distribués des dépliants. Durant une semaine, dans plusieurs lieux de chacun des camps (implantés à une, deux et quatre heures de la base de Mae Sot) ont été organisés des animations. Il nous fallait bien intégrer les contraintes liées à cette réalité.
Enfin, la phase finale de la préparation a débuté aux alentours du 10 septembre, et nous avons alors fortement impliqué pendant un mois les membres de l’équipe programme santé mentale, mais également, les équipes administratives et logistiques.

Quelles activités ont eu lieu durant toute cette semaine ?
Les activités étaient très nombreuses afin de répondre aux attentes et besoins de chacun. Nous avons ainsi organisé des groupes de parole, des ateliers de dessin (notamment pour les jeunes enfants), des séances de yoga, des consultations individuelles, etc. Nous avons distribué des questionnaires composés de questions simples concernant la situation générale des participants, qui pouvaient ainsi évaluer sur une échelle où ils se situaient, en matière de bien-être, et de bien identifier les difficultés auxquelles ils étaient confrontés. Ce questionnaire avait aussi pour but de mesurer la capacité de chacun à aimer et respecter les autres (et à se respecter soi-même), et d’aider à renforcer la capacité à profiter du moment présent, malgré la situation difficile dans laquelle les habitants des camps vivent…
Qui étaient les destinataires de ces activités ?
La plupart des personnes qui sont venues assister ou participer aux activités sont des déplacés vivant dans les camps. Bien évidemment, l’ensemble du staff AMI (medics, infirmiers, visiteurs à domicile, etc.) sont venues voir les différentes manifestations qui ont eu lieu, tout comme bon nombre des personnels des autres ONG travaillant dans les camps. De plus, des membres des organisations locales ont répondu présent à notre invitation, comme par exemple les autorités du camp (camp committee, camp leader, etc.), et des représentants des autorités thaïes (camp officer).
Quel a été l’accueil des habitants des camps, comment ont-ils perçu cet événement ?
Les gens ont été très intéressés par les activités que nous avons organisées, et ont en grand nombre répondu aux questionnaires que nous avons distribués ainsi qu’aux séances de yoga. Beaucoup de personnes ont également participé aux groupes de parole. D’une manière générale nous avons eu de très bons retours sur les activités qui ont été mises en œuvre.
Autre point positif, nous avons renforcé la compréhension de nos activités par les habitants des camps, ainsi que la confiance dans notre démarche et les liens avec les autres organisations qui travaillent dans les camps.
Pensez-vous organiser à nouveau un tel événement ?
Bien sûr que oui. Les réactions des participants et destinataires des activités que nous avons organisées ont été très positives, et cela aura un impact favorable sur les programmes que nous menons tout au long de l’année. À cette occasion, nous avons pu mesurer une fois de plus à quel point les habitants des camps attendent du soutien pour faire face aux problèmes de leur vie quotidienne. Je voudrais ajouter que les patients qui se rendent dans les structures de santé ne sont pas les seuls à souffrir de traumas, mais que cette triste réalité concerne beaucoup plus d’habitants des camps, sinon tous. Et chacun peut améliorer la connaissance et la conscience qu’il a de sa situation pour améliorer sa vie personnelle, familiale et sociale. Les psycho care givers peuvent soutenir et soigner tous ceux qui ont besoin d’un accompagnement psychologique, et pas seulement les patients hospitalisés.
Propos recueillis par Cécilie Alessandri, Référente projets santé AMI en Thaïlande
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Posté le 20 octobre 2008
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